Les Amis
Article / Courrier Français (mars 2008)
Il y a ceux…
Il y a ceux qui nous aident à rester debout, à avancer. Souvent touchés par la perte d’un être cher, ils savent d’instinct nous comprendre, partager, écouter, trouver le mot espéré, le geste attendu.
Il y a ceux qui veulent nous aider, même s’ils ne comprennent pas forcément ce que nous vivons mais qui tentent de le faire, des êtres qui ont changé leur regard sur le monde, par égard à notre situation. Des gens vrais.
Il y ceux qui prient pour nous ou tout simplement pensent à nous, dans la discrétion, la compassion, le silence. Nous ne saurons jamais leur nom…
Il y a ceux à qui nous faisons peur, ceux pour qui il nous arrive peut-être d’être tenté de leur dire : « Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas contagieux… » Sans doute leur renvoyons-nous de façon un peu trop violente l’éventualité de la propre mort de leur conjoint.
Il y a ceux qui nous promulguent des conseils qui ressemblent parfois presque à des ordres. Ce sont ceux qui sont sûrs de savoir ce qu’ils feraient à notre place et qui ne peuvent pas comprendre certaines de nos attitudes qui ne sont pas dans leur logique ou leur nature.
Il y a ceux qui nous voient comme une statue sur un piédestal, qui nous admirent pour notre courage, notre force, en oubliant que nous sommes souvent vulnérables sans oser le montrer.
Il y a ceux qui avaient promis de ne pas nous laisser tomber mais qui restent silencieux…
Mais peut-être sont-ils de ceux qui sont trop angoissés à l’idée de savoir quoi dire, quoi faire. Quels secrets, quelles souffrances cachent-ils derrière cette apparente indifférence ?
Il y a ceux que nous dérangeons, ceux que nos choix peuvent mettre mal à l’aise par rapport à leur situation personnelle. Ils cherchent, certainement inconsciemment, à nous déstabiliser.
Il y a ceux qui n’ont simplement pas les mots ou dont les mots s’étranglent dans la gorge. Déroutés, peinés, fragiles ou complexés, ils n’osent pas ou ne peuvent pas nous parler, même si parfois, leur regard parvient à en dire plus long que leurs mots.
Il y a ceux qui – compagnons de la même galère -, partagent à présent la même épreuve, la même souffrance. Ils sont de ceux qui « savent »…
Il y a ceux qui n’ont rien compris… Ceux qui n’ont pas compris qu’Aimer était la chose la plus essentielle et qui continuent de se brûler les ailes au phare de l’argent, de la consommation, de l’avoir.
Il y a ceux qui viennent nous raconter leurs problèmes conjugaux! Souvent il nous faudra des mois pour comprendre qu’il nous faut aussi accepter d’écouter cela…
Il y a ceux qui nous invitent à leur table, et qui nous signifient ainsi que, même seul, nous sommes « digne d’intérêt », qu’ils ne s’ennuieront pas avec notre seule présence et accepteront jusqu’à nos sanglots…
Il y a enfin ceux qui se sont « habitués »… Cela ne veut pas dire qu’ils ont oublié, ni qu’ils n’ont plus de peine… Il y a juste un décalage entre eux et nous, c’est dans la logique des choses. Parce que nous, nous ne nous sommes pas « habitués »…
***
Ce qu’on attend des autres, finalement, ce sont des choses très simples : une présence souvent silencieuse, une réponse à un appel au secours, une écoute, un geste de tendresse, un regard appuyé, un petit signe, un petit mot paisible et doux, une prière comme autant de caresses et de baume au cœur…
Se levant en silence, ces amis sont là, telle une armée de secouristes - pour « porter une part du fardeau qui charge nos épaules ». Cela ne nous fera pas moins souffrir, cela ne fera pas revenir l’Absent(e) mais cela participera, du « contrepoids formidable de leur affection », à « nous faire remonter à la lumière, et dans notre nuit leurs efforts nous aideront à espérer en elle. »
Et ainsi tous, et chacun en particulier, feront que nous nous sentirons accompagnés, entourés, portés, secondés, reconnus dans notre souffrance et surtout AIMES car « l’amour est la seule médecine capable de soigner la souffrance ».
Groupe « Espérance et Vie » du Périgord :
Marie-Pierre MAILLOU - « Monsacou » - 24 520 Lamonzie-Montastruc
Téléphone : 05 53 23 36 48
Aumônier : Père André Béhague