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Mardi 22 avril 2008

Marie…

Tu es mon amie depuis longtemps. Plus de quinze ans nous séparent et il t’a fallu du temps pour accepter d’être une de mes meilleures amies, toi qui avais si peu confiance en toi, toi qui pensais ne pas mériter mon amitié.

Nous avons fait connaissance tout doucement et nous avons comme grandi ensemble : à travers  les épreuves de nos vies que nous avons partagées et supportées ensemble, même si elles n’avaient rien en commun. Nous avons échangé, parlé et, parfois, pleuré ensemble. Nous avons cherché à comprendre l’incompréhensible, à dire l’indicible, à saisir l’insaisissable, à accepter l’inacceptable, à apprivoiser l’intolérable mais toujours à garder, au fond du cœur, notre espérance.

Nous nous sommes écoutées puis reconnues. L’une renvoyait l’autre à elle-même dans un aller-retour qui voulait naviguer vers le large et vers la lumière.

Parfois nos discussions ont été rudes parce que la vérité l’est parfois et toujours alors nos liens se sont resserrés et notre complicité s’est accrue.

Mais il faudrait n’aimer personne  pour ne pas souffrir de la peur de perdre celui, celle qu’on aime…

Et avoir perdu son Bien-aimé fait surgir des profondeurs de son être une peur de perdre de nouveau un être cher. Je ne parlerai pas de nos enfants, tant est insupportable l’idée même de l’écrire. Oui l’absence du Bien-aimé réveille la douleur d’avoir à perdre de nouveau.

Dans notre société, la prévention et l’éducation sont omniprésents : on cherche à prévenir de tout, du suicide comme du sida ou des accidents domestiques mais on entend rarement parler d’éducation à la perte.

Et perdre un être aimé fait que nous savons, irrémédiablement, que l’homme est mortel.

Pour moi,  Marie, c’est ta mutation à l’étranger, dans un pays lointain, pour deux ans, sans grand espoir de te revoir pendant ces 24 mois qui m’a fait l’effet d’un électrochoc. Cela me renvoie à l’idée que je pourrais te perdre et cela me fait alors prendre encore davantage conscience que tous mes amis sont des êtres potentiellement « perdables». Ton départ a réveillé mes peurs. Mais soit je désespère, soit je fais quelque chose de tout cela…

Alors de deux choses l’une, soit, « il faudrait n’aimer personne mais je n’ai,de ma vie, rien fait sans aimer quelqu’un » (*), soit je renforce cette amitié qui devient alors plus intense, riche de cette angoisse de la perte.

 

Tu m’es précieuse et je peux te perdre.

Je peux te perdre et tu me deviens doublement précieuse.

 

(*) Geneviève Jurgensen dans « la disparition »

 

       

 

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Par Marie-Pierre MAILLOU
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