Grand départ en famille cette année ! Objectif : rejoindre, seule avec trois de mes filles, le Portugal que des amis veulent nous faire découvrir. Une aventure modeste, certes (certains en souriront sûrement) mais une aventure quand même !
Passage de deux frontières. Barrière de la langue (mes « 1H par semaine » d’option portugais pour le Bac sont très loin !) Dico et Guide du routard indispensables. Voyage de près de 4000 kms en camping-car, bruyant et non climatisé…
J’ai opté pour l’achat d’un tel véhicule d’occasion très vite après la mort de mon mari et cela nous a bien aidées, mes filles et moi. C’est un mode de vacances que nous n’avions jamais vécu avec lui et ainsi cela nous a permis de partir, de souffler, de s’évader, de vivre autre chose, ailleurs.
Regards souvent surpris de ceux qui nous croisent : pas d’homme dans l’habitacle, une femme au volant et, encore plus incroyable, une jeune fille de 21 ans encore plus à l’aise !
Il faut se débrouiller, on n’a pas le choix…
Il faut gérer la conduite, le stationnement, le GPS prêté par un ami.
Fierté de réussir un créneau ! Angoisse de la roue crevée ! Savoir pouvoir compter sur la solidarité entre camping-caristes ! Oubli de prévoir la vidange avant ce grand périple ! Merci à mon gendre (préféré et unique !) d’y avoir pensé quelques jours avant le départ et merci à papa de l’avoir effectuée en urgence !
6H de trajet entre Bergerac et Hendaye… Bouchons. Arrivée tardive à 23H. Nuit sur une aire de stationnement pour camping-cars. Verrouillage des portes avec des sangles : on n'est pas dans un camping et les informations alarmistes nous y incitent ! Réveil brutal à une heure du matin… Un fourgon (chauffeur rentrant des fêtes de Bayonne ?) heurte violemment l’arrière de notre véhicule mais ouf ! seul le clignotant est cassé ainsi qu’une partie du pare-chocs.
« Action ! Réaction ! » comme diraient mes filles ! Accepter de demander de l’aide (jamais refusée à une femme seule ou alors cela favorise-t-il le côté macho de certains de ces messieurs ?!) Boîtier du clignotant remplacé par une boîte de coton-tiges coloriée avec une craie grasse orange de ma plus jeune fille (Là, on se dit qu’avoir fait du scoutisme et donc être forcément débrouillarde ( !), ça sert vraiment à quelque chose !)
Passage de la douane, policiers avec mitraillettes ou cagoules ; on apprendra au retour que cinq alertes ou bombes ont été désamorcées dans la semaine…
Arrivée au Portugal sous une chaleur écrasante et harassante. Magnifique pays et vie dans un habitacle à 35°.
Merveilleuse région que celle du nord du Portugal, toute en contrastes que ce soit au niveau des paysages (sécheresse ou verdure) que des adolescents au portable dernier cri côtoyant les charrettes tirées par les ânes. Accueil des habitants et joie de nos amis à l’idée de nous faire découvrir leur village, leur famille, leur culture.
Sourire à la vue d’un couple, le corps penché sur le trottoir, la bouche entrouverte en me voyant vérifier mon niveau d’huile (enfin, pas le mien mais celui du véhicule !). Il faut, en toute honnêteté, reconnaître que cela n’a rien de compliqué mais la différence entre un homme et une femme, c’est que la vérification est en quelque sorte innée chez un homme et qu’on n’a jamais à le lui rappeler (pour ma part, je note un peu partout que cela est à faire et puis… j’oublie…)
Réclamer le bon compte de la monnaie, même si l’euro commun simplifie bien les choses, quand on se sent un peu arnaqué (quand l’été arrive, on entend dire « augmentez les prix, les français arrivent…) mais cela, même en France, je ne sais pas le faire !
Démarrage en sommet de côte à 10% et sueurs froides !
Course sur l’autoroute avec un camion qui refuse d’être doublé (mais je me dis alors que c’est le plus intelligent qui cède !).
Pour info, une Smart nous a dépassées mais nous avons tout de même doublé une Porsche (Non, non, elle n’était pas arrêtée !)
Je plaisante, je plaisante… Je retiens les belles choses, les situations cocasses, les évènements burlesques…. Peut-être et sans doute parce que je suis de nature optimiste et positive. Mais il me semble cependant dommage de ne pas tout dire, dans cette chronique qui veut s’adresser à la fois à mes « compagnons de souffrance » mais aussi à ceux qui ne savent pas ce qu’est le veuvage (bienheureux êtes-vous…)
Parce qu’il est bien évident que ce que j’ai narré jusqu’à présent, ce sont des petits soucis purement matériels. La grande difficulté, encore d’actualité, même six ans après, reste la profonde solitude ressentie pendant cette période de vacances qui laisse comme « plus de temps au temps »…
Autres lieux, autres espaces, autres rythmes. Ambiance particulière de ce temps-là. Apprendre à être ailleurs, sans lui. Manque crucial à des moments-clés.
Apprendre à faire avec un « 6 - 1 ».
Apprendre à se réjouir sans lui, retrouver -parfois douloureusement- des lieux aimés, des lieux arpentés ensemble, des lieux que nous projetions de découvrir à deux ou en famille.
Prier Dieu de nous accompagner dans cette solitude.
Se dire qu’il aurait aimé cette église, ce village, ce paysage. Savoir ce qu’il aurait pu dire, deviner ce qu’il aurait fait. On ne part pas en vacances sans emmener avec soi l’être aimé.
Accepter d’être prise pour celle qui a la garde de ses enfants pendant les vacances.
Apprendre à accepter, chemin de longue haleine.
Accueillir sa pauvreté, sa détresse, sa tristesse et en faire une offrande, un bouquet de prières.
Apprendre à aimer.
Autrement.
Marie-Pierre MAILLOU
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