Janvier.
Comme chaque année à la même époque, je me rends à la Poste.
Ce n’est pas ma Banque principale mais un lieu chargé de tourments puisqu’il abrite les comptes de mes filles et moi, constitués des sommes d’indemnisation, suite à un procès puisqu’un chauffard
a fauché la vie de mon époux.
Je vais en fait retirer les intérêts des comptes de mes filles mineures, comme m’y autorise le Juge des Tutelles. J’appréhende de m’y rendre car chaque année, cela pose des soucis d’ordre
administratif. Et cette année ne fait pas défaut, sauf que cela se révèlera encore plus difficile qu’auparavant.
Je choisis le matin, l’après-midi s’étant révélée un moment où les quelques employés sont surchargés de travail ; le bureau est vide. Parfait ! Je rentre, m’exhortant d’avance à la patience.
Le préposé commence par m’accueillir puis cela se gâte peu à peu ! Dans un premier temps, il ne trouve pas les fiches de mes filles parmi la centaine consultée. Il commence à s’impatienter mais
je n’y suis pour rien, sachant très bien que j’ai rempli ces fiches il y a déjà quelques années. Une première personne rentre dans le bureau de poste . Comprenant que cela risque de prendre plus
de temps que prévu (du moins espéré), je laisse passer cette dernière.
Puis, cerise sur le gâteau, la conseillère financière, alertée par le pauvre employé, s’immisce dans l’entretien, en montant sur ses grands chevaux.
Pendant ce temps, la file d’attente des clients commence à s’allonger.
« On » me demande alors, assez brutalement, le courrier du Juge des Tutelles stipulant mon droit à retirer l’argent de mes enfants. Je réponds que j’ai envoyé cette autorisation au début et que
j’ignorais qu’il fallait faire cette démarche chaque année puisque la précédente conseillère ne me le réclamait pas . Alors je suis presque accusée de ne pas faire les choses en règle, d’être de
mèche avec cette ancienne responsable qui faisait les choses de façon illégale (du moins est-ce ainsi que je le ressens). Elle se redresse de tout son pouvoir et me fait rapidement comprendre que
cela n’aura pas lieu avec elle.
Elle va alors jusqu’à me demander à quoi servira cet argent retiré. Je lui réponds alors spontanément que cela me sert à élever mes enfants (croit-elle que j’ai envie d’un écran plasma ou de
renouveler ma garde-robe ?), la priant de comprendre que cela est une situation déjà tellement pénible qu’il est inutile d’en rajouter.
Je me mets alors à pleurer et j’en suis la première surprise. Mais je ne peux m’arrêter, tentant de me contenir et devinant qu’à présent 8 ou 10 personnes assistent à cet entretien somme toute
très personnel.
Une ligne de confidentialité aurait pu rendre plus discrète notre conversation houleuse mais elle n’aurait servi à rien, le bureau faisant moins de 15m2 !
Je réaliserais par la suite que la conseillère aurait pu m’inviter à aller dans son bureau afin de garantir une discrétion minimum de rigueur…
Voyant cela, la responsable accepte de me délivrer le chèque correspondant aux intérêts de mes filles, m’invitant à demander l’accord écrit au juge des Tutelles dès que possible.
Je passe sous silence les problèmes liés à l’informatique qui retardent d’autant plus la fin de l’entretien puis ressors du bureau de poste, toujours en larmes, sous le regard des clients
certainement surpris ou peut-être même choqués.
Mon père me dira plus tard de ne pas me faire d’illusions, que la moitié des personnes aura certainement pensé que je venais dépouiller mes enfants !
Voilà, cela m’a fait du bien de déposer ces mots !
Que ceci nous incite, vous comme moi, à un peu plus de tolérance quand on ne connaît pas la situation personnelle des gens, à savoir accueillir sans jugement négatif d’entrée de jeu, à ne pas
classer les gens avec des étiquettes toutes faites.
Ouvrons nos yeux ! Mais ouvrons surtout notre cœur !
A bon entendeur, salut et… merci !
Par Marie-Pierre MAILLOU
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